Song for the asking

connected

Il y a quelques chansons dans notre vie dont on a l’impression qu’elles ont été écrites pour soi. Ces chansons là sont différentes de celles qu’on aurait aimé soi-même écrire un jour. Aucune des deux options ne se présente souvent dans une vie, sauf si l’on a la chance d’être la muse d’un artiste connu, l’amoureuse du petit copain du lycée qui s’achète sa première Gretsch, ou Meg White[1].

Et pourtant, dans l’imaginaire fantasmé de quiconque est sensible à la musique, il y a souvent, à plein de moments de la vie, une chanson qui semble nous accompagner particulièrement. Une chanson que l’on reconnaît et qui nous absorbe tout d’un coup, dont les harmonies semblent s’accorder parfaitement à chaque synapse de notre être. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » m’a-t’on rappelé récemment à propos d’un groupe dont je partageais l’amour profond avec mon interlocuteur. Cette phrase intemporelle initialement écrite pour décrire l’amitié de deux auteurs[2], n’a de cesse depuis de me poursuivre.

Dans le cas présent, l’adage se transforme aisément en « parce que c’est cette chanson, parce que c’est moi », je suis la seule à en comprendre la substantifique moelle et seule moi sur terre peut en saisir toutes les nuances, circonvolutions, harmonies en filigrane, sens caché. Tout ceci en oubliant évidemment que quelques centaines de milliers de personnes doivent ressentir la même chose en l’écoutant, mais non, c’est pas possible ils ne comprennent certainement pas la même chose que moi.

Et pourtant, si. Et d’ailleurs qu’y a t-il de plus beau et de plus émouvant que de rencontrer quelqu’un qui frissonne sur la même note d’une chanson, sur la même phrase qui n’est pas forcément le refrain, sur le même petit kick de batterie? Toi aussi tu aimes quand il dit « Sail on silver girl »? « Long time no see long time no say »? « A kingdom for a kiss upon the shoulder »? « Tenderly, tastefully »? « If heaven doesn’t exist, what we will we have missed? This life is the best we’ve ever had »?[3]

C’est ainsi qu’en parcourant un site parmi mes favoris -songmeanings.com- à la recherche des avis éclairés de mes congénères partageant le même amour de ma chanson obsessionnelle du moment, j’ai appris la signification historique de cette chanson. « The only living boy in New-York » a été écrite par Paul Simon alors qu’Art Garfunkel était parti à Mexico tourner un film sans lui, peu de temps avant leur séparation artistique. « Tom, get your plane right on time » fait référence à l’époque où les deux étaient surnommés Tom et Jerry, et à l’avion que prend Art pour s’en aller et laisser Paul, ’seul être encore vivant à New-York’. Fun fact.

Et « Parce que c’était Paul, parce que c’était Art » on pourrait très bien se contenter de cette explication: une belle histoire d’amitié.

‘Please do not read the lyrics whilst listening to the recordings’

Seulement voilà, à l’image d’un commentaire composé de classe de seconde, quand vous aussi vous demandiez au prof si l’auteur avait vraiment voulu dire ça en écrivant ce texte rempli de synecdoques, litotes et autres euphémismes, et qu’il vous répondait: « peu importe la vérité de l’intention de l’auteur au départ, ce qui compte c’est l’interprétation que l’on en fait », les paroles d’une chanson peuvent se comprendre de mille façons. Et dans certains cas, elles ne sont que la projection de ce que l’on éprouve au moment où on les écoute. Nul besoin presque alors de les comprendre, de les lire, de les décortiquer.

Jarvis Cocker avait à ce propos jugé utile d’écrire une phrase dans chacun des livrets des albums de Pulp, disant ceci: « S’il vous plaît, ne lisez pas les paroles pendant que vous écoutez les chansons » Il explique qu’en faisant cela, on extrait les paroles de leur ‘habitat naturel’, et que lire des mots sur une page est différent de simplement les écouter; les paroles servent un rythme, une mélodie. Des mots sur une page, un poème, une prose, ont leur propre rythme et se suffisent à eux-mêmes.

C’est pourtant ce que tout le monde fait. Moi aussi j’aime trouver dans Google le pavé écrit de la chanson qui me taraude, parfois truffé de fautes, parfois rempli de contre-sens dus dans ce cas à rien de plus qu’à une mauvais compréhension de l’anglais; souvent j’aime aussi lancer ma petite application bien pratique sur mon puissant téléphone statutaire 2.0 qui me permet de lire les paroles au fur et à mesure que la chanson s’égrène. Parfois c’est même un besoin vital qui me fait repousser mes tâches professionnelles les plus importantes car c’est urgent, irrépressible!! il faut que je sache!: dans ‘C’mere’, est-ce que Paul Banks dit « Soul Mate », ou bien « So May » ou bien une vague interjection tout droit sortie du Urban Dictionnary, que personne ne peut comprendre sauf s’il est new-yorkais born and raised?

Mais une fois que je sais qu’est ce que ça change? J’aimais déjà profondément cette chanson, et je savais que c’était une chanson sur l’amour –qui s’achève, impossible, douloureux blablabla, comme 90% des chansons d’amour- J’aimais le riff de guitare du début puis la batterie qui lance la chanson et ces trois phrases qui me restent dans la tête après chaque écoute[4] Peut-être que ces trois phrases me suffisent en fait, si elles se greffent comme des petits repères sur l’intégralité du morceau. Je les connais, je sais exactement quand elles vont arriver, je les attends, et elles me font le même effet à chaque écoute. Je suis comme un enfant qui regarde Cars pour la 43è fois et qui rigole à en perdre ses dents de lait, toujours au même moment, en ayant anticipé le gag et en l’attendant fébrilement alors qu’il le connaît sur le bout des coins de son doudou.

‘The ways in which you get to a final destination are really quite irrelevant; the important thing is when somebody puts something on the record player, what effect it has on them, and sometimes, actually knowing how something was done, can undermine that’

Tout cela nous replace donc dans un contexte philosophique bien plus vaste qui serait en l’espèce: faut-il comprendre pour aimer? Musicalement, c’est à dire si l’on parle de composition pure, de suites d’accords, heureusement non. Car à moins d’être capable de distinguer que c’est l’enchaînement du Fa# et du Bm qui nous provoque ces frissons démentiels, la musique a cela d’instantané qu’elle nous prend par surprise, réveillant au passage des cellules sensitives dont on ne soupçonnait parfois pas l’existence. Paradoxalement, la compréhension de la genèse d’un morceau peut-être quelquefois émouvante: dans les interviews qu’il a faites de Phoenix à propos de leur dernier album, Guillaume Delaperriere[5] nous fait entendre pour chaque morceau le lent procédé de composition vu par chacun des membres; la place du hasard dans la production d’une boucle synthétique, le brainstorming incessant pour trouver un refrain cohérent, l’importance d’une note tenue jusqu’à la fin, l’imaginaire propre aux musiciens instillé dans la ‘résolution’ d’un morceau.

En tant que béotien, toucher (un peu) du doigt les arcanes de la création artistique, musicale en l’occurrence, peut nous donner la satisfaction d’avoir compris la même chose que ce que le compositeur voulait faire passer. Une histoire d’intime connexion, ou conviction.

A l’inverse, et toujours pour citer Jarvis Cocker,  » la manière dont on arrive à destination importe peu (…) et parfois, savoir comment les choses ont été fabriquées peut les dévaloriser à nos yeux »

C’est aussi vrai pour les chansons qu’on aime que pour les Nugget’s de poulet. C’est ainsi qu’une chanson de Babybird[6] m’ayant accompagnée depuis mes 22 ans, et qui, dans mon cœur de jeune fille romantique, ne me laissait que le refrain en tête à chaque écoute, s’est révélée n’être qu’une histoire de dominant/ dominé, et d’abus de confiance d’un photographe sur un mannequin. Je n’avais retenu que « Because you’re gorgeous, I’d do anything for you » Refrain absolu, phrase laconique mais efficace sur mon jeune coeur d’artichaut d’étudiante… Parfois, on ne voit que ce que l’on veut bien voir. Et je n’écouterai plus jamais cette chanson de la même façon, maintenant que je sais de quoi il retourne (et que je n’ai plus 22 ans, accessoirement)

De la même façon, on m’a conté une anecdote similaire à propos d’une chanson de Radiohead[7]. Thom Yorke y dit: « We think the same things at the same time, we just can’t do anything about it » Alors que la chanson parle en fait d’un inspecteur des armes de destruction massive en Irak qui aurait été tué sur Harrodown Hill (moins glamour) cette personne n’avait retenu que cette phrase, ‘aussi simple que belle’.  Une histoire de conviction là encore, où la chanson simplement sur cette phrase, parlerait encore une fois de… d’a…. hmmm d’amour. Intrinsèquement le chanson n’en est pas moins belle, moins bonne. Mais les écoutes qui suivront auront-elles la même saveur romantique que ce qui y avait été projeté?

Mais revenons enfin un moment sur Simon and Garfunkel, prétexte initial de cette réflexion. Du plus loin que je m’en souvienne, et si ce n’est un brin de nostalgie de penser au 33 tours du concert de Central Park tourner sur la platine de la maison familiale de mon enfance, leurs chansons n’ont jamais été pour moi sources de projections sentimentales douloureuses, et c’est peut-être pour cela que je peux les écouter régulièrement, comme de petites chansons-refuge, intemporelles.

Intemporelles et pourtant, aujourd’hui je voudrais que The only living boy in New-York eut été écrite pour moi. Je ne l’écoute pas en pensant à Paul, je ne l’écoute pas en pensant à Art. Je l’écoute en pensant à un départ, géographiquement circonstanciel. Et je l’écoute en pensant au départ de quelqu’un qu’on aime, pour Mexico ou pour ailleurs, pour un ailleurs où je ne serai pas. « Half of the time we’re gone but we don’t know where, we don’t where » J’ai encore du mal à comprendre cette phrase, il me faut un peu de temps, pas mal d’écoutes. J’aime cette chanson qui dit « Today I’ve got nothing to do but smile ». Qu’on soit le seul être vivant à New-York, Mexico, Paris ou Rouen.

Oui, parfois il y a définitivement des chansons dont on a l’impression qu’elles ont été écrites pour soi.

[1] Meg White – Ray Lamontagne

[2] Montaigne à propos de La Boétie dans Essais

[3] Bridge over troubled water – Simon and Garfunkel / Long distance call – Phoenix / Lover, you should’ve come over – Jeff Buckley / C’mere – Interpol / In pursuit of happiness – Divine Comedy

[4] The trouble is, that you’re in love with someone else (…) Tenderly, tastefully (…) I have my doubts little girl

[5] Vidéos disponibles sur www.wearephoenix.com

[6] You’re gorgeous – Babybird

[7] Harrodown Hill – Radiohead

Emission du 08 octobre 2010

Enfin en écoute: programmation de la Scène nationale, plans pour les nains, musique et tutti quanti!
you’re welcome to leave com’s.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Emission du 01 octobre 2010

Avec pour invitée Laurence Tison, adjointe à la mairie de Rouen, chargée de la culture; nous revenons avec elle sur les Rencontres prochaines de la Culture (Histoire(s) d’avenir(s)) et parlons du bilan de la politique culturelle à mi-mandat.
Rodolphe nous enchante de ses lectures à travers l’Enchanteur de Vladimir Nabokov. Laurent nous rappelle les quelques films qu’il faut absolument aller voir dans les jours qui viennent. Et l’on retrouve une interview surprenante et très intéressante des petits gars de Phoenix qui nous expliquent la genèse d’un morceau, l’instrumental du dernier album, Love like a Sunset.

A vos enceintes. N’hésitez pas à laisser des commentaires. Et see you soon,

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Grant Lee Buffalo Fuzzy

Fuzzy 1993

David Bowie

Rock’n roll suicide

The Rise and fall of Ziggy Stardust 1972

David Bowie

Five years

The Rise and fall of Ziggy Stardust 1972

Delpech Mode

Strange Lorette

Delpech Mode dans Google

The National Slow show

Boxer 2007

Jp Nataf

Après toi

Clair 2009

White Lies

Death

To Lose my life 2009

Phoenix par G.Delaperriere

Love like a Sunset

www.wearephoenix.com

Emission du 24 septembre 2010

En écoute version podcast, streaming ou balado-diffusion! Il suffit d’appuyer sur la petite flèche pour entendre la programmation du Hangar 23 à travers la voix de Tiphaine Le Maout; ainsi que des bons plans BD, des bons plans pour les nains entre 3 et 14 ans, des bons plans pour les cinéphiles (ou pas) et des belles chansons pour ceux qui aiment Paul Banks, Dominique A ou encore Paul Banks (l’ai-je déjà dit?)
Ears up!

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Interpol Say Hello to the Angels

Turn on the bright lights 2002

Dominique A

Je t’ai toujours aimée

Auguri 2001

Jens Lekman

The end of the world is bigger than love

EP 2010

Interpol

NYC

Turn on the bright lights 2002

La CSN en slip’n slide

Retrouvez right here right now les coulisses du passage du great Steve Baker -auteur de « la vie en slip Tome 2″ paru chez Dupuis-  en photos et sans slip, en fait. Il était l’invité de l’émission du 17 septembre dernier, à retrouver en écoute sur notre site.

Émission du 17 septembre 2010

Saison 4, épisode 2: dans ce monde impitoyable du web 2.0, la CSN poursuit sa quête des meilleurs plans culturels à vous faire partager et tombe dans cet épisode sur Steve Baker, auteur de bande-dessinées, futur superstar de la BD (si, si on y travaille!) qui lui parle (à la CSN) du tome 2 de la Vie en Slip, sorti récemment chez Dupuis. Un incroyable dialogue se met en place entre Laurent Cuillier et Steve Baker, émaillé des chansons spéciales « vie en slip » de la programmatrice musicale Blandine W. Après cette conversation revigorante, nos héros sont vite rejoints par Rodolphe Janty qui, grand sentimental devant l’Eternel et chroniqueur littéraire, leur parle des affres de l’amour selon les hommes dans « La vie est brève et le désir sans fin » de Patrick Lapeyre. Nos héros sont soudain envahis d’une torpeur étrange, il est 19h45 et une douce musique vient à leurs oreilles; encore bercés par la voix de Rodolphe, ils plongent un peu plus profond à travers la douceur de la musique de Phil Selway, batteur de Radiohead. Ils rêvassent sur The Witchnig Hour, sourient sur Don’t look down et se quittent finalement vers 20h car il faut rentrer; en se disant néanmoins qu’ils se reverront bientôt. Sûrement la semaine d’après, si tout va bien, pour un nouvel épisode de la CSN, saison 4.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Paul Simon Slip Slidin’ away

Negotiations and lovesongs 1990

Syd Matters

I was asleep

Ghost Days 2008

Judy Garland

Sleep my baby sleep

Greatest Hits 2007

Phil Selway

The witching hour

Familial 2010

Phil Selway

Don’t look down

Familial 2010

Liens:
http://stevebakerfactory.weebly.com/ le blog de Steve Baker
www.myspace.com/philipselway Phil Selway et son album ‘Familial’
http://www.amazon.fr/vie-est-br%C3%A8ve-d%C3%A9sir-sans/dp/2818006031/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1284972322&sr=1-1 Le livre de Patrick Lapeyre

Emission du 10 septembre 2010

Retrouvez la première émission de la toute nouvelle saison de la CSN! Laurent, Rodolphe, Thomas, Blandine et la petite nouvelle Véronique sont tous présents pour cette première qui promet une saison de folie!

Liens:

wwww.e-coloriage.com

http://julieadoredimanche.blogspot.com

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Arcade Fire The Well and the Lighthouse

Neon Bible 2007

Arcade Fire

Ready to Start

The Suburbs 2010

Arcade Fire

Half Light II

The Suburbs 2010

Arcade Fire

Sprawl II

The Suburbs 2010

Arcade Fire

We used to Wait

The Suburbs 2010

Arcade Fire

Crown of Love

Funeral 2004

Back dans les bacs

affiche rentrée CSN

Dubliners

Conor O’Brien, Villagers - Becoming a Jackal (Domino Records)

A l’époque, James Joyce n’imaginait peut-être pas la portée qu’aurait le titre de son recueil de nouvelles dans le monde de la musique pop, ces deux dernières décennies. Est-ce le ciel lourd et pesant de Dublin qui insuffle autant de génie mélancolique chez ses musiciens? Sont-ce les terres brûlées au vent des landes de pierre qui font pousser de jeunes garçons à la sensibilité exacerbée, au romantisme déchirant, aux textes travaillés à la lumière de l’absolu?

1993 nous fit découvrir Neil Hannon, ses yeux de cocker triste, son clavecin en bandoulière et son amour pour les films de la Nouvelle Vague; Promenade fut un choc pour beaucoup, et l’est encore aujourd’hui pour certain(e)s.  2006 nous fit découvrir Glenn Hansard, sa rousse tignasse, sa guitare en bandoulière et son amour pour la fille qui l’avait quitté; Once fut un choc pour certain(e)s, et le sera encore demain espérons, si le DVD circule bien.

Enfin le trèfle de 2010 s’appelle Conor O’Brien. Conor O’Brien est de ces personnes qui sont capables de composer un album tout seul. Facile. A tout juste 27 ans et après un premier EP l’année dernière, Villagers -le nom du groupe ou officie Conor- dévaste tout sur son passage et marque le mois de juin 2010 d’un monolithe blanc avec son premier album Becoming a Jackal. A la première écoute, les frissons sont aussi intenses et immédiats qu’un premier shot de Guiness: la voix de Conor O’Brien est provocatrice d’un syndrome. En effet si certains subissent instantanément une ischémie cérébrale au profit d’une irrigation plus inavouable à la seule écoute de l’accent de la ptite Lilly*, certaines ressentiront de subits élans d’affection pour cette voix si pure et déchirante, parfois sur le fil car brisée par trop d’émotions. Syndrome « j’aime les hommes détruits inside qui exorcisent en jetant leur douleur sur un piano, une guitare »,  syndrome « j’aime les hommes détruits inside qui écrivent des textes plus beaux et plus obscurs que leur simple rupture, tellement banale finalement », syndrome Jeff Buckley, syndrome Paul Simon sur Bridge over troubled water, Bookends, ou n’importe quelle chanson de Simon and Garfunkel.

De Paul Simon il en est question d’ailleurs; comme il est question de bien d’autres influences à l’écoute de ce premier album. Intonations de Paul Simon, ambiance Cohenesque quelquefois, un petit air des Guillemots dans les envolées lyriques qui ponctuent certains morceaux, une atmosphère de Divine Comedy dans les arpèges de piano.  Becoming a Jackal reflète à chaque morceau le sens de la mélodie dont sait faire preuve Conor O’Brien. Et toujours cette satanée et efficace sensibilité qui transpire par toutes les cordes de sa guitare. Heureusement -- parce que sinon on serait submergés -- certaines chansons ont le mérite d’être un peu plus enlevées et ont eu droit à de solides et efficaces arrangements.  Heureusement, Conor O’Brien lit peut-être l’Equipe après avoir magnifiquement souffert sur son piano.

Becoming a Jackal, premier album des prometteurs Villagers est assurément une étape importante de cette année 2010; quelquepart entre nostalgie, quête d’absolu et foi en l’avenir.

* communément appelé « syndrome Lilly Allen »

I was a dreamer, staring at windows, out onto the main street, that’s where the dream goes…

Julien Boisselier, Clara et moi

Clara et moi

Je me souviens être allée voir ce film quand il sorti, en 2004. J’y étais allée sur le simple nom de Julien Boisselier, acteur alors peu connu, qui m’avait plu dans ce film sur le harcèlement au travail* sorti pas mal d’années plus tôt.  Je crois qu’à l’époque, je m’attendais à une histoire d’amour, plus ou moins contrariée par les vicissitudes de la vie, les tergiversations des deux protagonistes, rien que de très commun somme toute.

Il y a de ça dans Clara et moi; il y a Antoine, 33 ans, comédien idéaliste et passionné, qui décide un jour de trouver la femme de sa vie. Au hasard des lignes de métro, il découvre Clara. Et dans une scène que d’aucuns pourront juger tellement cliché, mais qui est efficace sur les jeunes filles qui ont grandi bercées par West Side Story et Autant en emporte le vent, Clara tombe sous le charme et l’humour d’Antoine. Le film pourrait évidemment s’arrêter là: ils s’aiment, ils sont beaux, ils se sont trouvés.

Et puis comme dans toute belle histoire d’amour, il ne suffit pas de s’aimer pour que ça fonctionne. Clara va devoir vivre avec une épreuve qu’elle ne s’apprêtait pas à traverser. Est-ce que cet amour si évident et si absolu réussira à les unir malgré tout?

Mais Clara et moi n’est pas une simple histoire d’amour contrarié où on ne peut que blamer le destin; c’est une histoire de certitudes, et de ce qu’on peut en faire pour les garder. C’est une histoire d’intime conviction, malmenée par les possiblités que chacun est capable de s’accorder. C’est aussi une histoire de temps: de celui qu’on trouve interminable lorsqu’on a un besoin irrépressible de l’autre, de cet amour dont on attend qu’il nous porte au-delà des plus infranchissables obstacles; et du temps que l’on prend, parfois juste un peu trop long, pour analyser nos doutes, nos peurs, nos contradictions, et enfin trouver la réponse.

Julien Boisselier et Julie Gayet sont étonnants de justesse dans ce film. Et malgré quelques ellipses un peu grossières parfois, Clara et moi a le mérite d’esquisser de belles questions sur l’amour et ses limites, sans avoir la prétention d’en donner les réponses.   

* De gré ou de force -- 1998

« Laisse passer, le nuage noir, passer. Ce n’est rien, même s’il revient au galop, tôt ou tard ou tard ou tôt, la belle affaire… J’en ai vu des pires passer. Des nuages verglacés, noirs, comme un peu de ton rimmel, sur ma peau; qui me rappelle, à l’ordre: que je suis en vie, un grand V. Le nuage est passé, ce n’est rien. Même s’il revient au galop, tôt ou tard ou tard ou tôt. La belle affaire… »